par Jacqueline Labelle, Directrice du Réseau Biblio de la Montérégie

 

La Montérégie est une des 17 régions administratives de la province du Québec. Elle est située sur la rive sud du Saint-Laurent, face à la ville de Montréal. A la fois urbaine et rurale, elle compte près de 1,4 millions d’habitants.

 

Je remercie Didier Guilbaud et l’ADBDP pour l’invitation qui m’a été faite de venir vous parler. Je remercie également tous ceux qui ont contribué à la chaleur de l’accueil qui m’a été réservé.

Je vais vous présenter la façon dont nous vivons, dont nous sommes structurés et les produits que nous proposons.

L’organisation des bibliothèques publiques au Québec

Les bibliothèques publiques sont sous la responsabilité des municipalités mais sont admissibles à des subventions du ministère de la Culture et des communications. On trouve d’abord la Bibliothèque et les Archives nationales du Québec, ensuite les bibliothèques publiques (des bibliothèques dites autonomes, c’est-à-dire qui ont plus de 5000 habitants et qui dépendent directement des municipalités). Ces bibliothèques peuvent demander des subventions directement au Ministère de la culture et des communications. Vient ensuite le Réseau Biblio du Québec. Il s’agit du regroupement des anciens CRSBP dont vient de parler Didier Guilbaud.

Il y a deux ans, environ, nous avons ressenti le besoin de nous donner une nouvelle image. La raison en est que nous nous appelions alors bibliothèques centrales de prêt, dont le sigle donne BCP. Or il y a chez nous des BPC (des produits toxiques), auxquels bien sûr nous ne souhaitions pas rester associés. CRSBP, Centre régionaux de services aux bibliothèques publiques, nom hérité d’une réforme de la lecture publique au Québec ne nous convenait pas non plus, car il ne parlait pas au grand public. Nous avons décidé de démarrer une grande opération de marketing pour changer notre look [1].

Le Réseau Biblio [2]

Ce réseau dessert environ 1 200 000 habitants sur les 7 millions que compte le Québec. Il s’adresse à des municipalités de moins de 5000 habitants.

Le Québec comprend 11 réseaux régionaux. Il s’agit de corporations privées à but non lucratif. Nous sommes donc vraiment dans un esprit d’entreprenariat. Nous sommes financés par le Ministère de la culture et des communications, par les municipalités membres et par des revenus autonomes.
La Montérégie se trouve sur la rive sud de Montréal, dans un environnement semi-urbain. Nous sommes financés à 40% de la totalité de notre budget.

Nous sommes le CRSBP qui dessert le plus de municipalités comprises entre 5 000 et 25 000 habitants. Nous en desservons même une de 50 000 habitants. A ces municipalités, nous ne fournissons que des services d’impartition des technologies de l’information : toutes leurs données (catalogues, prêts) sont hébergées sur nos serveurs et sont utilisées par elles au moyen du net.

Historiquement, le Réseau Biblio est le regroupement des BCP, puis des CRSBP. Ce regroupement a été fixé par une loi du début des années 80. Au printemps 2005 a été créé le Réseau Biblio du Québec (RBQ).

Le RBQ n’est pas le patron des Réseaux Biblio régionaux. Il s’agit d’une association de réseaux qui est la voix officielle de ses membres auprès des institutions nationales. La campagne marketing dont je viens de parler vise d’ailleurs à affirmer notre présence autant que possible partout.

Les missions du Réseau national sont ainsi fixées : « Le Réseau Biblio du Québec est un regroupement national qui vise à donner à ses membres les moyens d’actualiser leur mission ». Cela ne veut pas dire grand chose… Disons que c’est consensuel. Chacun, en effet s’était fixé sa ou ses missions régionales. La nouvelle grande mission du RBQ est de parler d’une seule voix au gouvernement pour doter le pays de services de bibliothèques de premier ordre.

Le mandat de chaque Réseau régional est défini ainsi dans chacun des règlements des Réseaux. Il s’agit de :

- favoriser l’établissement, le maintien et le développement de bibliothèques publiques sur son territoire.
- établir et maintenir des collections de documents.
- favoriser la mise en commun des ressources et la coopération.
- promouvoir tout autre activité reliée au fonctionnement d’une bibliothèque publique.

Le but est d’économiser et de rentabiliser l’argent public… En Montérégie, nous sommes 15 employés (équivalent à 12 temps pleins). Nous desservons environ 165 000 habitants de municipalités de moins de 5 000 habitants, 200 000 habitants de municipalités de 35 à 50 000 habitants, le tout sur un réseau de 78 bibliothèques.

Le Réseau Biblio du Québec en chiffres (année de référence : 2005)

- Bibliothèques affiliées : près de 800
- Population desservie : 1,3 million d’habitants
- Abonnés : 315 000
- Collection de documents : 2,5 millions
- Prêts de documents : 5 millions
- Prêts entre bibliothèques (PEB) : plus de 160 000
- Activités culturelles : près de 11 000 vBénévoles : près de 9 000

Les produits et services offerts

- Aménagement des locaux (dont le Prix Gérard DesrosiersNote de l’Editeur. [3] qui est décerné tous les ans par le RBQ pour un aménagement remarquable de bibliothèque)
- Dépôt, échange de documents et PIB/PEB (25 000 prêts par an en Montérégie)
- Formation et encadrements
- Animation et activités culturelles
- Support et service à la clientèle (service téléphonique permanent mis à la disposition des personnels des bibliothèques et des municipalités)
- Informatisation des opérations de la bibliothèque (100% du réseau de la Montérégie est aujourd’hui automatisé, catalogue et prêt. Le RBQ en est environ à 80%)
- Impartition des services informatiques

Les types de formations offertes

- Reliure et réparation de volumes
- Ressources électroniques des bibliothèques
- Gestion des documents administratifs
- A la conquête de la bande dessinée adulte (exemple d’animation thématique)
- Encadrement d’une équipe de bénévoles
- C’est quoi une bibliothèque publique en 2007 ?
- Rôles et responsabilités du représentant désigné Et bien d’autres encore…

La formation Rôles et responsabilités du représentant désignéest très importante à nos yeux. Elle correspond d’ailleurs à une demande très forte. Chaque année, en effet, les conseils municipaux mandatent un membre élu pour représenter la bibliothèque au sein de l’administration municipale. Cette personne doit veiller aux intérêts de la bibliothèque et assurer la liaison entre son comité et la municipalité. La formation Rôles et responsabilités du représentant désigné vise à préparer le représentant à son rôle dans le dossier de la bibliothèque. C’est une des clés de la prise en compte de la bibliothèque par la municipalité.

Voici le contenu de cette formation :
- Présentation de la mission de la bibliothèque publique : à quoi les citoyens sont-ils en droit de s’attendre de leur bibliothèque ?
- Visite des locaux du Réseau Biblio de la Montérégie et présentation de nos services : comment pouvons-nous vous aider à supporter votre bibliothèque dans l’accomplissement de sa mission ?
- Rôles et interventions du représentant désigné : à quoi le comité de bibliothèque peut-il s’attendre de son représentant désigné ?
- Collaboration municipalité/bibliothèque : expliquer l’impact d’une bonne collaboration sur le recrutement et la rétention des bénévoles, le développement d’une collection équilibrée et de services attrayants, ainsi que sur l’achalandage de la bibliothèque.

Visibilité du RBQ

- Présence lors de congrès (stand, articles dans les journaux et revues spécialisées, présentation de conférences) de conférences)
- Représentant présent dans différents comités ou tables de concertation concernant les bibliothèques publiques au Québec
- Représente le secteur culturel du Réseau d’action bénévole du Québec

Problèmes à l’horizon

Les fusions municipales

Les fusions municipales jettent une ombre sur le tableau de nos réseaux :
- 2 bibliothèques ont été fermées (6 979 habitants),
- 5 bibliothèques se sont désaffiliées (17 032 habitants),
- 44 bibliothèques affiliées ont été fusionnées avec une bibliothèque de municipalité autonome (113 723 habitants),habitants)
- 26 bibliothèques affiliées d’une municipalité dépassant maintenant 5 000 habitants par fusion ou accroissement normal de la population (ce qui représente124 960 habitants).

L’impact de cette réorganisation municipale sur les Réseaux Biblio régionaux (CRSBP), c’est 77 bibliothèques (262 694 habitants), soit 21% du réseau national touché 21% du réseau national touché Les Réseaux régionaux voient leur population desservie réduite de 7% à 52% selon la région. Au profit de quoi ou de qui, nous posons la question ? Car une municipalité autonome coûte très cher au Ministère de la culture : environ 2 fois le prix de la bibliothèque desservie par un CRSBP.

La solution consisterait peut-être à fusionner certains CRSBP. Certains, d’ailleurs, desservent déjà trois régions.

Les problèmes de moyens

Une nouvelle solution d’économie est en cours d’émergence et est envisagée par plusieurs municipalités et écoles dans les municipalités de moins de 5 000 habitants. Il s’agit des bibliothèques municipales scolaires, qui nous posent d’ailleurs un problème.

Le ministère de l’Éducation, des loisirs et du sport n’a pas de moyens et souhaite donc se faire payer ces bibliothèques, dites municipales scolaires, aux frais du ministère de la culture. Nous ne jugeons pas viable cette solution. De plus, le public a toujours tendance à moins fréquenter ces bibliothèques, qu’il considère davantage comme des bibliothèques scolaires que comme de véritables bibliothèques publiques.

Les bibliothèques régionales de comté nous posent également problème. Il s’agit des grandes agglomérations qui souhaitent rapatrier les bibliothèques rurales qui sont autour. Cela tend à la disparition des petites bibliothèques auxquelles le public des petites municipalités tenait.

Où en est le réseau de la Montérégie ?

1988 : Premier prêt automatisé offert à une bibliothèque affiliée.
1992 : Impartition [4] des services de gestion des opérations de la bibliothèque pour les municipalités autonomes (i.e. plus de 5 000 habitants).
1994 : Premier site web d’une bibliothèque publique au Québec et catalogue en ligne offert aux usagers via Internet.via Internet
1994 : Service de référence à distance Info BIBLIO pour toutes les bibliothèques affiliées du Québec et leurs usagers (service arrêté depuis la mise en oeuvre d’un réseau coopératif autour de la Bibliothèque nationale, réseau qui ne rend pas encore de service opérationnel).
1999-2003 : Gestion du projet de la Fondation Bill & Melinda Gates pour le Québec (budget de 7 millions d’euros pour l’acquisition d’ordinateurs pour les bibliothèques).
2000 : Première bibliothèque publique à obtenir sa certification ISO 9001 [5].
2000 : Gestion des appels et des visites aux bibliothèques affiliées entièrement automatisée.
2003 : Salles de lecture thématiques virtuelles disponibles au public via Internet.
2004 : Catalogue à valeur ajoutée.
2004 : Nouveau portail « Réseau BIBLIO du Québec » (et de la Montérégie) et extranet disponibles pour les bibliothèques affiliées
2004 : Journaux disponibles à distance (maison, travail, école) aux usagers via le NIP (numéro d’identification personnel). Compte tenu d’horaires d’ouverture parfois très faible, il convenait que les bibliothèques deviennent réellement virtuelles.
2005 : Table des matières et résumés disponibles dans le catalogue collectif.
2005 : 100% des bibliothèques affiliées au Réseau Biblio de la Montérégie ont le prêt automatisé.
2005 : Encyclopédies Hachette et Universalis et logiciel d’apprentissage de la lecture Métafo (apprentissage de la lecture pour les 4 à 8 ans) disponibles à distance pour les usagers via le NIP.
2006 : Logiciel Tap’Touche (apprentissage d’utilisation du clavier) disponible à distance pour les usagers via le NIP.
2006 : Présentation d’une demande de subvention pour la numérisation du patrimoine local des municipalités affiliées. Avec possibilité d’ajouts de commentaires par les usagers.
Janvier 2007 : Recherche par images thématiques dans le catalogue collectif.

Quelques chiffres

Environ 6 000 NIP distribués aux usagers (env. 10% des abonnés actifs).des Environ 19 000 accès au dossier d’usagers via le NIP en un an.
Plus de 30 000 sessions ouvertes nécessitant le NIP en un an.
Plus de 45 000 renouvellements de prêts à distance.
Plus de 260 000 ouvertures de sessions de recherche dans le catalogue en une année.
Plus de 600 000 recherches effectuées en une année.

Même si, comme chez vous, le prêt baisse dans certaines catégories, nous avons de nombreuses statistiques qui indiquent que les services sont utilisés aujourd’hui de manières différentes et différenciées.

Quelques chiffres concernant l’utilisation des outils électroniques en Montérégie En un an : un an :
- Biblio branchée [6] : 4 862 visites et 16 655 articles consultés
- Encyclopaedia Universalis : 3 027 visites
- Encyclopédie Hachette : environ 2 000 visites
- Métafo : 2 486 visites : 2 486 visites
- Tap’Touche : 384 utilisateurs en 3 mois

La progression va être assez lente : seulement 10% des usagers de ma région possèdent un NIP. La montée en charge va prendre certainement 3 ou 4 ans.

En résumé, la bibliothèque municipale est…

Avant tout un lieu de proximité au cœur de sa communauté…

- un lieu de culture d’information de détente et de loisir,de loisir
- un centre d’archives et de conservation de la mémoire collective de sa municipalité et de sa communauté,
- un centre de diffusion de l’information auprès de la population locale, nationale et internationale,
- un lieu où l’on maintient des programmes d’alphabétisation et de médiation de la lecture,
- lieu où l’on fait la promotion d’événements culturels,
- un carrefour de l’emploi et du savoir,un carrefour de l’emploi et du savoir
- un carrefour pour les organismes communautaires de sa municipalité,
- une ressource essentielle pour les élus municipaux et la direction générale de la municipalité,et la direction générale de la municipalité Et sans doute plus encore…

La bibliothèque municipale est un lieu que toutes les familles devraient s’approprier. Ce lieu doit être vivant. Son accès sur place ou à distance devrait être gratuit.

Toute municipalité qui se respecte et qui respecte ses citoyens devrait avoir une bibliothèque municipale qui offre des services de qualité, car une bibliothèque municipale, c’est l’avenir de la communauté.

Notes

[1] Note de l’éditeur. Brochure du Réseau Biblio du Québec, Imaginez un monde sans bibliothèqueshttp://www.reseaubiblioduquebec.qc.ca/documents/builder/reseau//PDF/32/Brochure_version%20finale.pdf

[2] Note de l’éditeur. Pour accéder au portail du réseau biblio du Québec :http://www.reseaubiblioduquebec.qc.ca/portail/index.aspx ?page=1

[3] Sur ce prix : http://www.reseaubiblioduquebec.qc.ca/portail/index.aspx ?page=1&module=101&MenuID=29&cr=1&CPage=1

[4] Note de l’éditeur. « Impartition » est le terme employé en français au Canada pour désigner l’externalisation.

[5] Note de l’éditeur. La norme ISO 9001 décrit les exigences relatives à un système de management de la qualité pour une utilisation soit interne, soit à des fins contractuelles ou de certification. Il s’agit ainsi d’un ensemble d’obligations que l’entreprise doit suivre.

[6] Banque de données répertoriant les articles des journaux La Presse, Le Devoir, Le Soleil, Le Droit, L’Actualité, Voir et le périodique de consommation Protégez-vous.