Dominique Jadoul, Cultural development unit, Kent County Council(Royaume-Uni)
Chantal Bedoy et Evelyne Herenguel, Médiathèque départementale du Pas-de-Calais
Marie-Odile Paris, Directrice de la Médiathèque départementale du Nord

 

1. Perspectives d’Outre-Manche

Dominique Jadoul

Interreg

L’Europe des régions, la diminution de l’importance des frontières nationales entre les pays membres et l’uniformisation du niveau de la vie au-delà de ces frontières sont des notions chères à l’Union européenne.

Le programme européen Interreg vise à permettre aux régions frontalières de développer des projets de coopération transfrontalière(1) avec leurs voisins immédiats.

Lancé au début des années 90, Interreg en est maintenant à sa troisième phase, Interreg III. La portée du programme Interreg I, permettant en particulier le co-financement de projets de régénération économique, fut vite jugée insuffisante et dès le lancement du programme Interreg II en 1996, le dépôt de projets de développement touristique et culturel fut admis.

Kent
  • Superficie : 3 543 kilomètres carrés
  • Population : 1 598 000 habitants
    • 14 districts
    • Chef-lieu : Maidstone
    • Autres villes principales : Canterbury, Ashford, Dover, Folkestone, Dartford

Accord de coopération

C’est dans ce cadre que les services de la lecture publique (et du développement culturel) du Kent County Council et le Conseil général du Pas-de-Calais (le County Council est l’équivalent anglais le plus proche d’un Conseil général) entreprirent un singulier rapprochement. Suite à deux années de reconnaissance qui virent ces services développer, avec d’autres partenaires européens, quelques projets culturels autour des célébrations de la Journée de l’Europe, un accord de coopération fut signé en 1996.

Interreg II

Deux projets réunissant la Bibliothèque départementale du Pas-de-Calais et Kent Arts & Libraries furent soumis à Interreg II en 1997. Le premier envisageait un développement timide des relations entre les personnels, via visites d’études et cours de langue ; le second portait sur un projet à la fois plus ambitieux et plus précis, à savoir le rapprochement des opérations Une plage à la page et Beach Bus Bonanza.

Comme nous l’avons vu, si Une plage à la page est né de l’opération Les Arts au Soleil, Beach Bus Bonanza fut la réponse à une visite de représentants des services du Développement Culturel et de la Lecture Publique du Kent Arts & Libraries sur un stand Une plage à la page en 1994.

Nous avons aussi appris la façon avec laquelle la Bibliothèque départementale de prêt du Pas-de-Calais s’est engagée, avec Une Plage à la Page, à remplir pendant l’été un rôle de bibliothèque dans des communes ne possédant pas un équipement fixe.

En Angleterre, cependant, c’est le County Council, et donc pas la commune, qui est l’autorité responsable de la mise en place d’un service gratuit de lecture publique (prêt direct). L’État demande aux Councils de mettre en place un service qui assure que nul ne soit à plus de 3 miles (5 km) d’une bibliothèque.

Afin de satisfaire cette demande, le Kent Arts & Libraries compte un réseau d’une centaine de bibliothèques et une flotte de 13 bibliobus (Mobile Library), qui assurent une présence, chaque semaine, tout au long de l’année, dans 724 autres lieux.

Ainsi, avec une biblothèque fixe, ouverte tout au long de l’année, dans chacune des villes côtières, il fut donc décidé d’organiser dès 1995 Beach Bus Bonanza autour de la promotion des arts de la rue et des arts plastiques plutôt qu’autour de la lecture publique. Et c’est l’Artbus (Mobile Arts Unit) du Kent Arts & Libraries, plutôt qu’une Mobile Library qui servait de galerie d’art et d’arrière-plan aux animateurs et autres activités inscrites au programme.

Grâce au financement Interreg II, il fut possible d’organiser entre 1997 et 2000, les deux opérations, pourtant sensiblement différentes, autour de thèmes communs. Chaque campagne de communication reposait sur une image commune, une conférence de presse unique, et chaque partenaire s’engageait à introduire des éléments de l’autre dans son programme : artistes et animateurs, échanges de personnel et de véhicules culturels.

Interreg III

Pourtant, l’intérêt croissant des bibliothécaires du Kent envers l’approche des lecteurs potentiels en dehors des bibliothèques, et l’annonce de l’ouverture d’une troisième phase d’Interreg amorcèrent en 2001 un remodelage important de l’opération, vers un service comparable à Une plage à la page.

Un nouveau dossier Interreg III fut dès lors déposé en 2002 et accepté. Portant le nom de Culture Mix, il s’agit d’un projet pilote portant sur une seule année, incorporant le new look Beach Bus Bonanza, rebaptisé The Beach Bus, et la continuation du développement des relations du Kent Arts & Libraries et de la Médiathèque départementale du Pas-de-Calais au travers d’échanges d’expositions, de collections de livres, de personnel, de savoir-faire, de stages de formation, de séminaires, de cours de langues.

Ainsi, l’édition 2002 de Une plage à la page et de The Beach Bus fut, tout comme auparavant, basée sur un thème commun (Les 4 éléments), une communication commune, une conférence de presse unique, et des échanges de personnel, d’artistes et d’animateurs.

Mais elle différait aussi des éditions précédentes par le fait que dans le Kent, la promotion de la lecture publique était mise au premier plan. Un bibliobus du Pas-de-Calais (les Mobile Libraries du Kent sont utilisées tout au long de l’année), contenant 3 000 nouveaux livres en anglais et une collection de livres pour enfants et de BD en langue française, devenait le principal élément visible de l’opération.

Le prêt direct en dehors des bibliothèques, jamais tenté auparavant dans le Kent, devenait la raison d’être du programme, les animateurs et artistes n’étant plus que des moyens d’attirer le public, de le faire rester sur le stand, et de l’inciter à emprunter des livres et de le pousser à découvrir nos bibliothèques fixes et les services qu’elles offrent (prèt de livres, de matériel audiovisuel, source d’information, accès à l’internet, galeries d’art, spectacles, boutique...)

Finalement, l’édition 2002 voyait aussi le nombre de partenaires augmenter. Bien qu’en dehors du partenariat Interreg III, les villes de Calais et de Boulogne-sur-Mer, et les médiathèques et bibliothèques départementales du Nord et de la Somme venaient s’ajouter au programme et tester les modes de communication et d’organisation en vue de la seconde phase de Culture Mix : un partenariat Interreg III de quatre ans entre le Kent, le Pas-de-Calais, le Nord et la Somme, qui pourrait aussi inclure, dès 2003, le East-Sussex County Council et la Province de Flandre Occidentale, en Belgique.

Kent Arts & Libraries
  • 106 Bibliothèques
  • 13 Bibliobus (Mobile Libraries) déservant 724 lieux
  • Service " Stratégique " desservant un hôpital, 8 centres pénitentiers, 800 écoles primaires et secondaires et 478 résidences pour personnes âgées
  • 3 Musées
  • 19 Galeries d’art

2. Les opérations menées par la Médiathèque départementale du Pas-de-Calais : 1992-2002

Chantal Bedoy et Evelyne Herenguel

Rappel Historique

L’opération Une plage à la page se déroule sur les plages du Pas-de-Calais depuis 1992. Elle vint en suite logique à une autre opération, nationale, celle-ci, appelée Les Arts au soleil, qui fut lancée en 1989 par le Ministère de la culture et qui fut relayée dans les régions par les DRAC.

Les Arts au soleil ont animé, de 1989 à 1992, les 3200 kilomètres de côte du littoral français. Cette initiative avait pour objectif de rencontrer quinze millions d’estivants et de leur proposer, pour le temps de leurs vacances, diverses formes artistiques, aussi proches que possible de leurs activités de loisirs : danse, arts plastiques, arts de la rue.

En 1990 et en 1991, à la demande du Conseil général du Pas-de-Calais, les équipes de la BDP ont accompagné les animations proposées sur les plages. C’est donc tout naturellement qu’en 1992, la BDP s’inspire des Arts au soleil pour créer Une plage à la page. Elle lance alors sa propre programmation pour la première fois.

Les étapes

Les objectifs sont simples : il s’agit de se manifester de façon intensive auprès des vacanciers et de stimuler, par le biais de diverses animations, le goût pour la lecture chez un public jeune et souvent socialement défavorisé. Si cette première édition de 92 reste modeste, elle permet cependant de fixer les bases d’un fonctionnement qui dure encore aujourd’hui : du 15 juillet au 15 août, 6 jours sur 7, les bibliobus de la BDP stationnent sur les plages du département (de 4 à 8 stations touristiques selon les années) et proposent :

  • des prêts de livres,
  • des ateliers de dessin, des stands de maquillage pour les enfants,
  • des jeux-concours autour des livres récompensés par des chèques-lire,
  • l’exploitation d’un module, décor interactif complété par une sélection de livres, réalisé à la demande de la BDP par des artistes plasticiens, selon le thème de l’année.

Un tiers du personnel se mobilise dans le cadre de cette opération. Il se charge de l’accueil des publics, des ateliers (c’est ainsi que certains d’entre nous ont appris l’art du maquillage), et de l’exploitation du module.

En 1992 n’apparaît qu’un seul intervenant extérieur, il s’agit d’une association subventionnée par le Conseil général, association qui va assurer des lectures quotidiennes sur les stands.

Dès 1992, la BDP va confier la communication de l’opération à des agences qui imagineront un visuel qui sera décliné sur une multitude de supports, depuis l’affiche jusqu’au marque-page, en passant par la bibliographie.

L’opération se renouvelle annuellement, et en 1996, la BDP enrichit ses animations en multipliant les intervenants extérieurs.

C’est ainsi qu’une fois le thème de l’année défini, le service animation de la BDP part à la recherche des talents, qu’il s’agisse de conteurs, de danseurs, de musiciens ou de cracheurs de feu...

C’est ainsi que les jeunes vacanciers peuvent, une année, apprendre à jongler avec les formateurs d’une école de cirque, l’année suivante s’initier à la pratique d’instruments aussi étranges qu’une planche à laver ou un cruchon, et reviennent, douze mois plus tard, pour fabriquer des cerfs-volants ou inventer, avec des comédiens, le dénouement d’une intrigue policière.

Cette même année, l’opération est lancée pour la première fois à l’occasion d’une conférence de presse.

1996, c’est également l’année qui marque le début d’une longue, riche et sympathique collaboration entre le Pas-de-Calais et le Kent County Council, mais nous y reviendrons sans doute lors de la communication de Dominique Jadoul.

Un nouveau pas est franchi en 1998 avec l’apparition de ce que nous appelons les communes associées. Ces communes du littoral qui disposent déjà d’une bibliothèque municipale se chargent des opérations de prêt, de la logistique de l’accueil des intervenants, tandis que la BDP va mettre à leur disposition des outils de communication, bien sûr, mais aussi et surtout des spectacles et des animations qui déclinent le thème général retenu pour l’année.

Cette formule va leur permettre de mieux accueillir les estivants tout en leur laissant à chacune une réelle autonomie. C’est ainsi que chaque bibliothèque va fixer elle-même la durée et les modalités de sa participation selon la disponibilité des équipes en place.

En 2002, enfin, Une page à la plage élargit encore ses partenariats : après le Kent, ce sont deux départements, la Somme et le Nord, et deux communes importantes du littoral, Calais et Boulogne-sur-Mer, qui acceptent de rejoindre l’opération. Il s’agit de travailler sur le même thème (choisi de manière démocratique à l’issue d’une réunion de concertation...), de partager les mêmes outils de communication et de programmer les mêmes intervenants. Cette année-là, Une page à la plage prend donc une dimension euro-régionale.

Les moyens

Après les différentes étapes qui marquent dix années d’existence, voici maintenant un bref aperçu des moyens dont disposent les équipes de la Médiathèque du Pas-de-Calais pour mener à bien cette opération.

A titre indicatif, le budget d’Une plage à la page était en 1995 de 116 000 F. En 2002, il atteint 86 682 €, soit cinq fois plus (cf. annexe 1). Permettez-moi d’ajouter quelques précisions sur la nature des dépenses engagées et sur les moyens requis.

La campagne de communication en 2002 représente un coût global de 26 000 €¤ (170 300 F), pour la conception et la réalisation d’affiches, plaquettes, tracts, bibliographies sur le thème des quatre éléments, réalisés en collaboration avec la cellule de communication externe du Conseil général, (celle-ci faisant d’ailleurs parfois des choix très critiqués par le personnel de la Médiathèque du Pas-de-Calais...)

Ce coût s’explique car il s’agit de diffuser une information efficace sur sept communes et, plus largement, d’informer tout le département en utilisant comme relais toutes les bibliothèques et les offices de tourisme.

Autre poste de dépense non négligeable : les frais de transport, d’hôtel et de restauration : transports dans le cadre des échanges avec le Kent, frais d’hébergement pour le personnel de la BDP qui, parce qu’il se déplace pour une période de 3 à 6 jours, est logé la nuit dans les hôtels proches. Ce poste représente en 2002, une dépense de 9 147 €.

Toujours en 2002, les intervenants ont requis une enveloppe de 22 870 €. Cette somme servit à financer 14 ateliers d’écriture et 19 spectacles.

Et enfin, quand on liste les moyens mis en œuvre, il est indispensable de rappeler combien le personnel (ou une partie puisque, rappelons-le cette action a toujours été organisée en interne sur la base du volontariat) s’investit, toute l’année, pour un événement qu’il s’agit de préparer, de dérouler, mais aussi de conclure. Et puis, quand tout est fini, dès l’automne, il n’est pas question de s’accorder quelque répit car le temps presse pour choisir un nouveau thème et déjà enclencher une nouvelle opération.

Un bilan

Après dix ans d’activité, nous avons tenté de faire un bilan de la fréquentation des publics. Nous ne vous donnerons ici oralement aucune statistique, mais le détail en est disponible dans les documents disponibles à l’entrée de cette salle (cf. annexes 2 et 3).

Pour ce qui concerne l’origine géographique des familles inscrites, Une plage à la page touche principalement des estivants originaires de la Région Nord-Pas-de-Calais, avec une légère prédominance des habitants du Nord.

Pour ce qui concerne la répartition des familles par catégories socioprofessionnelles, l’analyse des inscriptions rejoint en partie les analyses nationales en matière d’inscription en bibliothèques : la population qui fréquente les activités de plage appartient aux catégories de population habituées à fréquenter les bibliothèques municipales ; il s’agit des professions intermédiaires, des employés et retraités.

Les catégories des cadres et des professions intellectuelles supérieures sont peu représentées dans nos statistiques, sans doute parce qu’elles fréquentent peu ces plages-là.

Deux autres catégories sont très sous représentées, et cela est plus problématique, il s’agit des ouvriers et des agriculteurs. Nous nous interrogeons sur leur quasi-absence durant notre opération.

Une étude sur la communication de l’opération Une plage à la page, menée en 1997 par une étudiante en maîtrise de communication, montrait que 94% des personnes interrogées étaient déjà inscrites en BM ou avaient l’intention de le faire. De ce point de vue, même si nous pouvons nous féliciter du succès des opérations plage (nous prêtons aux alentours de 10 000 documents et il s’agit là des seuls chiffres de la Médiathèque du Pas-de-Calais), les objectifs d’élargissement du public, que nous avions au départ, dès Les Arts au soleil, ne sont pas encore probants en dix ans d’intervention.

Pour ce qui concerne l’opération elle-même, nous avons rencontré quelques difficultés avec certaines communes qui n’assumaient pas suffisamment la logistique d’accueil et la diffusion médiatique de l’opération.

Nous avons également essuyé un échec important, à mon avis : sur l’une des plages les plus populaires du littoral, nous avons dû arrêter l’opération, les conditions devenant trop difficiles.

Nous avons donc fait le constat que les interventions clé en main, les interventions directes de la Médiathèque du Pas-de-Calais sur les plages n’étaient en fait pas adaptées aux populations locales de jeunes en difficulté. Nous avons d’ailleurs travaillé avec l’ADNSEA (Association départementale du Nord pour la sauvegarde de l’enfance et de l’adolescence) pour mettre en place une action autour de la lecture, mais qui durera toute l’année.

Les opérations estivales demandent un investissement très important de la part de l’équipe de la Médiathèque du Pas-de-Calais. Aussi, après 10 ans d’intervention, une partie du personnel souhaiterait repenser la formule de l’opération.

Les problèmes énoncés concernent la nature et la finalité du partenariat avec les communes qui bénéficient encore d’une intervention directe de la Médiathèque du Pas-de-Calais, communes qui, par ailleurs, au bout de dix ans, n’ont toujours pas ouvert de bibliothèque municipale, nous y reviendrons en conclusion.

Au vu de ces réorganisations, il est difficile de mesurer quantitativement l’évolution de l’impact des actions-plages. La Médiathèque du Pas-de-Calais ne comptabilise pour l’instant que ses propres activités de prêt. Aussi, la baisse sensible du nombre global des prêts depuis 1992 s’explique-t-elle par la diminution du nombre de plages desservies en direct par la Médiathèque du Pas-de-Calais. Quant aux résultats de l’impact médiatique et de leur répercussion en termes d’image du littoral sur le public, il conviendrait de renouveler l’étude très encourageante de 1997.

Conclusions

Les opérations-plages s’inscrivaient dans une stratégie d’élargissement des publics. L’année 2003 sera l’occasion, au moment de rédiger un nouveau projet Interreg, d’inventer avec nos partenaires de nouvelles modalités d’intervention, et avant toute chose de redéfinir ensemble de nouveaux objectifs, de nouvelles stratégies.

Il s’agissait également dés 1992 de s’inscrire dans la politique de sensibilisation au livre et à la lecture engagée par le Conseil général. Dix ans plus tard, les équipes de la Médiathèque départementale souhaiteraient développer d’autres actions culturelles sur l’ensemble du territoire.

Outre les objectifs de développement culturel, les activités estivales ont contribué à assurer la promotion de la Médiathèque Départementale. Effectivement, si nos activités d’été ne reflètent pas à elles seules la totalité du travail que nous effectuons, leur originalité et leur aspect festif sont plus faciles à médiatiser que la diversité de nos tâches quotidiennes.

Après 10 années de présence effective sur le littoral, nous souhaitons abandonner le rôle de prestataire de service et, par conséquent, nos interventions directes sur les plages et nous positionner, en collaboration avec nos partenaires, comme organisateur d’une opération eurorégionale dans l’espoir d’élargir encore les partenariats avec nos collègues belges.

Ces nouvelles coopérations donnent aux opérations-plages une couleur médiatique d’une tout autre envergure. De plus les économies d’échelle et le dynamisme des équipes respectives devraient impulser dans les années à venir des projets plus ambitieux, qui valoriseront l’ensemble des sites touristiques, littoral Nord-Pas-de-Calais, Picardie, Kent, Flandre belge, et qui rendront à nos structures une plus grande visibilité en tant qu’acteurs culturels.


Annexes

1. Bilan des actions de la Médiathèque Départementale du Pas-de-Calais

2. Origines géographiques des familles inscrites

3. Répartitions des familles inscrites au bibliobus des plages par catégories socioprofessionnelles en 2002


3. Les opérations menées par la Médiathèque départementale du Nord
Marie-Odile Paris

Comme dans le Pas-de-Calais, l’idée d’animations estivales sur les plages est née, dans le Département du Nord, à l’occasion de l’opération ministérielle Les Arts au soleil, en 1989.

Le département du Nord présente la particularité d’avoir une grande plage très populaire, la plage de Bray-Dunes, située sur la commune du même nom. L’autre plage très fréquentée est celle de Malo-les-Bains qui dépend de Dunkerque et ne relève donc pas du domaine de la BDP.

Il se trouve que Bray-Dunes, 4 628 habitants, n’avait pas de bibliothèque municipale. Dès le début de l’opération, l’un des objectifs de la présence de la BDP a été d’inciter la municipalité à créer une bibliothèque. L’autre objectif était bien sûr de toucher le public populaire en vacances.

L’opération a débuté chez nous, en 1995, par la présence d’un bibliobus sur la digue plusieurs fois par semaine. Elle s’est renforcée à partir de 1997 par l’installation d’un porta-cabine équipé de rayonnages ; y étaient proposés un choix de livres pour adultes et pour enfants ainsi que des revues et des quotidiens.

Cette bibliothèque de plage fonctionnait du lundi au vendredi, de 10 heures à 18 heures, à partir du 14 juillet et jusqu’au 25 août environ.

Parallèlement à cela, se sont développées des animations : heures du conte ou animations assurées par le personnel de la BDP, ateliers d’initiation à internet et aux nouvelles technologies, à partir de 1999, et spectacles par des artistes et des intervenants extérieurs.

Les animations ont été l’occasion de toutes les fantaisies, du spectacle de contes relativement traditionnel à l’installation du lit d’Antoine le Rêveur sur la digue, en passant par l’enlèvement d’une touriste sur la plage !

Le public touché par ces animations est à la fois le public des lecteurs du bibliobus ou du porta-cabine auquel on a donné rendez-vous à l’occasion de l’emprunt des documents, mais aussi le grand public des vacanciers, vacanciers de tous âges, attirés par l’événement qui se déroule sous leurs yeux.

Nous avons donc des spectateurs en shorts, en maillots de bain ou sous leurs parapluies, en fonction de la météo locale ; Ils se déplacent en rollers, en poussettes, ou bien restent même assis sur leurs vélos pour écouter.

Jusqu’en 2001 la BDP a poursuivi son activité de manière assez indépendante, déconnectée de ce qui se passait ailleurs sur le littoral, et notamment chez nos voisins du Pas-de-Calais, en éditant son propre programme d’animations diffusé sur place.

Au cours de l’année 2001, les directeurs des deux BDP ont souhaité développer des partenariats et monter ensemble un certain nombre de projets concrets. Ceci a été relayé au niveau politique par la volonté de nos élus à la culture de se rencontrer et d’adopter un certain nombre de positions communes sur un certain nombre de dossiers du domaine culturel.

Le ralliement de la BDP du Nord à l’opération Page à la plage initiée par le Pas-de-Calais a été perçu comme le premier exemple concret de cette politique.

En s’associant à cette opération, la BDP du Nord rejoignait, comme cela vient d’être dit, le Kent et La Somme.

Pour l’année 2002, cette coopération s’est traduite par la réalisation d’une communication commune (affiches, programmes et dépliants), la conception commune d’une bibliographie et la participation à un programme d’animations, puisque tous les partenaires ont élaboré ensemble le calendrier d’animations sur le thème retenu alors des quatre éléments.

Ce sont donc les mêmes intervenants qui ont sillonné les plages du Nord, de la Somme, du Pas-de-Calais et du Kent.

La difficulté à mettre en place des programmes européens ne nous a pas permis d’intégrer directement, en 2002, le programme Interreg, qui avait été mis au point pour une année. Cela, ce sera le projet 2003.

L’année 2001 a vu, d’autre part, la réalisation de l’un de nos objectifs de départ, puisque la ville de Bray-Dunes a ouvert au public sa propre médiathèque, un équipement de 650 m2 comprenant un espace multimédia et géré par des professionnels.

La présence du porta-cabine de la BDP sur la plage ne se justifiait plus en 2002 : il n’était bien sûr pas question de faire de la concurrence au nouvel équipement !

Il a donc été décidé conjointement de faire stationner le bibliobus trois jours par semaine (lundi, mercredi et vendredi), tandis que la bibliothèque municipale était ouverte au public du mardi au samedi.

A chaque permanence du bibliobus, ainsi qu’à chaque animation, était associé un membre de l’équipe de la bibliothèque municipale. Grâce à une carte de lecteur commune, les usagers de la BM avaient la possibilité d’emprunter les documents d’un côté et de les rendre de l’autre. Nous diffusions par ailleurs largement les horaires et l’adresse du nouvel équipement.

Le nombre de lecteurs inscrits au bibliobus est d’environ 1000 pour 10 000 prêts en six semaines. Ce nombre doit naturellement être enrichi de celui des nouveaux inscrits à la bibliothèque municipale.

Le premier constat est que les propriétaires de résidences secondaires, habitués depuis des années à fréquenter le bibliobus, sont maintenant inscrits à la bibliothèque, alors qu’au départ ils n’avaient pas eu ce réflexe : ils ne se considéraient pas comme des habitants de la commune à part entière.

En conclusion, je rejoindrai mes collègues du Pas-de-Calais : les animations de plage touchent le public populaire, mais cela ne signifie pas que ce public vient emprunter des documents au bibliobus.

C’est la présence d’une structure permanente, me semble-t-il, telle que la bibliothèque municipale, qui permettra sans doute de fidéliser ce public.

Quant à nous, il nous faut inventer d’autres approches, d’autres méthodes en nous inspirant de ce qui se fait déjà dans les bibliothèques de rues.

Nos projets, liés à celui-ci, sont d’approfondir et d’améliorer nos partenariats avec les Pas-de-Calais, La Somme et le Kent, d’habituer nos équipes à travailler ensemble, car il ne suffit pas que les chefs décident : il convient que les équipes aussi soient motivées.

L’un des souhaits de notre Département serait par ailleurs d’associer à ce projet les collègues de la Flandre occidentale (Belgique) ce qui permettrait l’intégration d’un troisième pays à ce projet européen, mais aussi de drainer toutes les plages de La Somme à la Belgique.


Questions à la table ronde Livres sur la plage

Hervé Roberti, Directeur de la Bibliothèque départementale de la Somme,

Je ne reviendrai pas sur les actions qui ont été développées dans le cadre de cette opération, ce serait revenir sur ce que viennent de dire chacun de nos collègues. Je voudrais juste apporter une petite note européenne.

Il se trouve qu’à la BDP de la Somme, nous avons participé, nous aussi aux Arts au soleil... Bref, nous avons suivi le même parcours. Nous avons eu l’occasion, à deux reprises, de nous insérer dans des projets Interreg, puisque nous appartenons à une zone éligible à ce programme. Il s’agit là d’une véritable opportunité pour les bibliothèques qui mènent une activité culturelle à forte dimension sociale.

Le projet que nous développerons l’an prochain concernera plus de partenaires européens et il nous contraindra à nous poser d’avantage de questions. Quand on monte en effet ce genre de programme, on pose au fond plus de questions qu’on n’apporte de réponses.

Annie Fisseux

Question classique du bibliothécaire : Comment faites-vous pour, lors des inscriptions, prévenir la perte ou le manque de retour des documents prêtés ?

Réponse ...

On emmène les bibliobus sur les plages, avec les portables à bord. On crée des cartes spécifiques pour la période des plages. Il s’agit d’une inscription traditionnelle, telle qu’on la pratique dans le cadre d’un prêt direct, par exemple.

Certains livres qui ne sont pas rendus avant la fin de l’opération sont finalement rapportés dans l’antenne la plus proche du littoral, ou dans des mairies proches. Les estivants de ces plages sont, ne l’oublions pas, des habitants de la région et rapportent leurs livres dans différents points du réseau.

Il y a finalement très peu de pertes de documents.

... Autre réponse d’Hervé Roberti

Dans La Somme, sur la plage, nous n’inscrivons pas les individus mais les familles. Nous faisons preuve d’une grande tolérance sur le nombre de documents qui peuvent être empruntés : en juillet et août dernier, nous avons inscrit 137 familles rassemblant 484 personnes et nous avons prêté un peu plus de 4000 documents. Tout est rentré.

... Autre réponse

Touche amusante, les gens ont tendance à garder leur carte d’une année sur l’autre : ils se représentent l’année suivante en disant qu’ils sont déjà inscrits.

Didier Guilbaud

Dans le cadre d’Interreg, n’y a-t-il pas eu des essais de relation de coopération avec de grosses villes du littoral ? Je pense à Dunkerque, à Calais, à Boulogne...

Marie-Odile Paris

Ceci fait partie de nos projets, de façon à ce que l’opération couvre de façon cohérente l’ensemble du littoral.

Hervé Roberti

Pour développer en commun des projets de ce type, les personnes, les personnalités des interlocuteurs sont importantes. Il ne suffit pas de développer des idées et des projets, il faut des porteurs de projets. Nous avons, en BDP, à prendre cette dimension de porteurs. Cela nécessite des tâtonnements et des apprentissages.

Marie-Odile Paris

Il faut aussi prendre en compte une véritable culture de relation et de coopération. Depuis plusieurs années, nous sommes en contact avec le Nord, avec la Somme, avec les BM de Calais et de Boulogne. Avec ces interlocuteurs, les projets se montent tout naturellement.

Didier Guilbaud

Non pas une question, mais une remarque : la remarque sur la création de la Médiathèque de Bray-Dunes comme l’un des objectifs de l’opération me semble très importante : la finalité du projet, c’est de fabriquer des lecteurs et, une fois encore, il n’y a de lecteurs que dans le cadre de réseaux constitués et structurés.

Marie-Odile Paris

Vous m’offrez ici l’occasion de prolonger ma conclusion : les actions en direct, nous souhaitons les arrêter. Les actions directes sont menées là où il n’y a pas de bibliothèques municipales ; derrière ces actions, personne ne prend le relais ; on peut donc s’interroger sur la fécondité de ces actions et, au bout du compte, sur leur sens.

Même si tout marche bien et que le public répond présent, nous sentons bien la superficialité de notre action, dans le sens où nous ne touchons pas exactement le public que nous visons.

Notre souhait, pour l’avenir, est de travailler avec les communes que nous appelons associées : les communes équipées de bibliothèques municipales et avec lesquelles nous pouvons développer des projets tout au long de l’année.

... Réponse et débat

Il y a une part de danger dans ce qui vient d’être dit : à Bray-Dunes, si nous nous étions découragés dès le départ, le projet n’aurait pas abouti. Il a fallu faire des choses de toutes pièces pendant des années, et Didier(2) peut en parler, jusqu’au jour où les décisions sont prises et les choses démarrent.

Didier Guilbaud

Dans ce cas, la BDP du Nord a joué son rôle de locomotive pour implanter et irriguer le réseau ; aujourd’hui, vous en avez peut-être assez de faire les danseuses !

 

Emploi

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