Synthèse de l’atelier 1 par Philippe Valade, Directeur de la BDP des Pyrénées-Orientales

Un réseau urbain : Dominique Mans, directeur de la Lecture à la direction du Développement culturel de Clermont-Communauté
Un réseau départemental : Alain Duperrier, directeur de la BDP de la Gironde
Modérateur : Annie Dourlent, directrice de la BDP de l’Ile-et-Vilaine
Rapporteur : Philippe Valade, directeur de la BDP des Pyrénées-Orientales

 

 

Les deux méthodes ambitieuses, complexes, mais néanmoins forts différentes, évoquées dans cet atelier prouvent une fois encore qu’il n’y a pas de modèle adaptable mais que si nous n’avons toujours pas de pétrole en France, toutefois nous fourmillons d’idées. Si ces expériences montrent la complexité des territoires, c’est bien dans le souci de rendre et d’assurer un meilleur service de proximité.

Structures et équipements des territoires présentés (Dordogne et Vendée)

- En Dordogne, 270 bibliothèques à desservir, en Vendée, 230.
- 45 agents en Dordogne, 59 en Vendée.
- Une centrale unique en Dordogne, 6 antennes, bientôt 7, en Vendée.

En Dordogne, la centrale s’appuie sur 20 secteurs avec 20 bibliothèques centres de ressources qui, elles-mêmes, s’appuient sur 1 à 3 bibliothèques associées. Ces bibliothèques de secteur reçoivent un soutien spécifique de la BDP en collections et en moyens financiers. En Vendée, les 6 antennes fonctionnent tout à fait différemment car elles jouent simultanément le rôle de bibliothèque municipale et celui d’antenne traditionnelle de bibliothèque départementale. Elles sont ouvertes au public du mardi au samedi et entièrement financées par le Conseil général de Vendée.

Les objectifs de la Dordogne sont de gagner le pari de la proximité et d’améliorer les relations avec le réseau : la mutualisation prime sur la hiérarchie. En Vendée, il s’agit de bien quadriller le terrain et valoriser les lieux patrimoniaux en y installant des bibliothèques.

Les principes sous-tendant cette organisation en Dordogne consistent à confier à chaque bibliothèque importante une responsabilité vis-à-vis d’une plus petite, mais, pour reprendre l’expression de Cécile Jallet, « la BDP est ceinture et bretelle ». En Vendée, la structuration est construite à partir des 6 antennes complétées par des Bibliothèques intercommunales de prêt (BIP) qui s’occupent des collections, de la logistique et de l’informatique, tout en laissant la gestion locale aux petites bibliothèques, ainsi que l’animation des partenariats.

Logistique de circulation

En Dordogne, le prêt sur place représente 50 % de l’activité, le bibliobus 18 %, les navettes 20 %. En Vendée, il y a également des bibliobus, des navettes et du prêt sur place complétés par un véhicule pour chaque BIP qui transporte les documents demandés par les bibliothèques de la Communauté.

La logistique de circulation en Dordogne est extrêmement importante puisque les bibliothèques, mais aussi le grand public, peuvent réserver des ouvrages en ligne sur le catalogue départemental. Les réservations se font sur l’ensemble des collections (celles de la BDP et des 14 bibliothèques associées) à partir d’un logiciel identique pour toutes les bibliothèques. Quelles que soient les réservations posées par les lecteurs, la BDP se charge d’aller les chercher dans la bibliothèque où les ouvrages se trouvent et de les ramener dans la bibliothèque de proximité du demandeur. Cela représente au total 45 000 réservations par an. 4 personnes à temps plein ont la charge de ces réservations, traitées dans la journée. En Vendée, les bibliothèques peuvent commander des ouvrages auprès de la BIP qui les transporte dans les bibliothèques de son secteur par une navette.

En Dordogne, une carte départementale unique de lecteur a été mise en place avec pour objectif la libre circulation des lecteurs et des documents, l’harmonisation des tarifs et des conditions de prêt : cette carte permet, par la signature d’une convention d’objectifs par les bibliothèques qui l’adoptent, de faire une pression à la baisse sur les tarifs proposés. Fournie gratuitement par le Conseil général, elle fixe un coût de cotisation de 7 euros par famille et est gratuite pour les moins de 18 ans et pour les personnes socialement défavorisées. Les obstacles à la carte départementale unique sont de trois ordres : • politique : des communautés de communes et des collectivités se sont demandées de quel droit le Conseil général leur imposait une tarification, • certaines craignent de voir leurs lecteurs aller dans une autre bibliothèque « qui serait mieux », • technique car la bibliothèque départementale ne gère pas un fichier central de tous les adhérents des bibliothèques. Le système est basé sur le volontariat des communes : les cartes leur sont fournies gratuitement par le Conseil général mais elles encaissent les recettes. Ce programme amené à s’étendre est encore dans une phase d’observation. Un premier bilan est pour l’instant positif avec une augmentation des lecteurs et des prêts, bien que certaines complexités restent encore à éclaircir.

Les acquisitions

En Dordogne, l’objectif est d’associer les bibliothèques pour une politique d’acquisitions partagées, une reconnaissance professionnelle de leurs salariés et une politique d’achats rationalisée. En Vendée, ce sont les bibliothécaires responsables des BIP qui organisent et forment des groupes de bénévoles et de salariés pour les acquisitions. La BIP catalogue, équipe, répartit les collections et les transporte.

La Dordogne a élaboré une charte des collections avec un catalogue départemental et une politique de formation importante. On peut souligner dans cette charte la volonté d’acquérir systématiquement toutes les demandes émanant des bibliothèques du réseau (25 % du budget). En Vendée, 4 jours sont consacrés au prêt (mardi, mercredi, vendredi, samedi) et un jour au catalogage (jeudi). Les 30 acquéreurs et catalogueurs répartis dans les 6 antennes de la BDP se réunissent à la centrale et cataloguent, indexent, achètent ensemble. Il existe un seul fonds départemental sans affectation géographique des acquisitions centralisées.

Quelques réflexions en guise de conclusion

En Dordogne, à défaut d’antennes, on s’appuie facilement sur les bibliothèques de secteurs, avec un projet de carte départementale qui reste à suivre et des réservations possibles sur le catalogue pour tous les citoyens du département, mais pour Cécile Jallet « les communes vont vers l’intercommunalité avec un fusil dans le dos ».

En Vendée, les BIP remplissent les missions de la BDP avec des antennes ouvertes au public. Il n’existe aucun dispositif départemental de subvention pour inciter les communes à remplir des objectifs plus élevés en matière de développement de la lecture publique et cette incitation repose donc sur la seule la force de conviction du directeur de la BDP.

Dans le cadre de ce colloque dont le thème est la décentralisation et les bibliothèques de l’avenir, l’aménagement des territoires s’est présenté à nous comme une induction pour les bibliothèques de l’avenir.

Les deux exposés qui nous ont été présentés concernaient d’une part un réseau urbain, d’autre part un réseau départemental.

Un réseau urbain

Concernant le réseau urbain, le Directeur du livre de la Communauté d’agglomération Clermont-Commuauté nous a présenté le projet de sa structure juridique.
Le tableau, ou du moins son esquisse, est le suivant : 21 communes, 350 000 habitants.
La compétence, non obligatoire, a été prise d’emblée par cette Communauté lors de sa définition avec une grande idée, celle du développement des potentiels identitaires, développement qui recoupe plusieurs axes, dont celui de la lecture, qui est d’ailleurs expressément mentionné. Ces 21 communes regroupent un total de 15 bibliothèques, dont une bibliothèque à statut en partie universitaire et 8 bibliothèques du réseau de la BDP.

L’aménagement du territoire émerge du temps ; l’historique de la communauté est donc le suivant : en 2002 est déclaré un projet de grande bibliothèque communautaire. En 2003 sont établis un diagnostic et un schéma d’orientation. En 2005, la compétence est prise en compte. Cette prise en compte signifiait la création de la bibliothèque communautaire et donc le transfert des différentes bibliothèques vers celle-ci.

Le développement de ce concept, c’est d’une part la création d’une grande bibliothèque de 25 000 m2 et, d’autre part, la structuration de huit bassins de lecture autour de la commune centre et de cette grande bibliothèque. L’originalité de cette idée c’est que la structure n’est pas pyramidale mais s’appuie sur les huit bassins identifiés sur le terrain.

Le principe est que chaque bassin s’adapte à la spécificité de sa situation et structure donc un scénario différencié de celui de ses voisins. On reste dans une échelle où les bassins sont des lieux de dynamisation et de coordination des politiques documentaires.

Le bilan aujourd’hui n’est pas encore tangible, pour des raisons de calendrier : nous sommes encore en phase de réalisation. Le transfert cependant a été effectué et l’appropriation de l’esprit communautaire est en cours.

L’une des questions qui se sont posées sur un tel projet concernait le rôle de la BDP.
La BDP poursuit son rôle de desserte. En filigrane, le sentiment est que la communauté a eu une complète autonomie de réflexion et de projet. Elle n’a pas pris la BDP comme partenaire à part entière de ce développement.

L’autre question importante avait trait au rôle du directeur du livre de la communauté qu’on a qualifié de bibliothécaire sans bibliothèque. La réponse a été claire : son rôle est essentiellement un rôle de manager, tant par rapport aux équipes que par rapport aux élus.

Un réseau départemental

La réflexion a ensuite porté sur un réseau départemental. C’est donc le Directeur de la BDP de la Gironde qui nous a exposé le projet en cours dans ce département.

Il a d’abord requalifié le titre de notre atelier en termes de nouvelle politique de structuration du réseau de bibliothèques publiques. La nuance vise la modestie et l’humilité dont selon lui, il convient de faire preuve en ce qui concerne l’aménagement du territoire.

Commençons ici aussi par un rapide tableau : un département de 1,4 million d’habitants, dont la moitié sur l’agglomération ; 540 communes ; une BDP et un réseau dont la situation pouvait, au début de la réflexion, être qualifié de mauvaise à dramatique …

Le préalable du projet était une remise à niveau de la BDP. Cette opération est encore en cours. La deuxième étape concerne la mise en œuvre d’un plan de développement de la lecture publique qui a commencé en 2004. Ce plan prévoyait, d’entrée, une enveloppe d’intervention qui s’appuyait sur 15 millions d’euros en 10 ans, avec une ligne de conduite très nette en faveur de l’intercommunalité.

Ce plan quadrille globalement l’ensemble des aspects de l’action des conseils généraux en la matière, avec une caractéristique : la mise en place de critères techniques plus sévères encore que ceux de l’Etat.

La méthode décrite de la mise en œuvre sur le terrain concerne essentiellement la démarche de conviction des réseaux et des élus.
Le projet est encore très largement inachevé et n’a pas permis d’apprécier les réalisations et la dynamique engendrée.

La conclusion générale de l’atelier serait que l’aménagement du territoire est bien un souci et une ligne de conduite partagée par tous. La réalité est toujours complexe et la réalisation donc toujours assez lente. Ici s’applique donc aussi la formule E = MC2, où l’Efficacité est faite de Modestie, de Confiance et de Communication.