Bernard Voltzenlogel, Directeur de la Bibliothèque départementale de la Dordogne

Le titre de mon intervention, " La BDP centre de ressources ", met en lumière un champ d’intervention qui, s’il n’est pas nouveau en soi, recouvre néanmoins des enjeux tout à fait essentiels pour l’évolution future des BDP En effet, la fonction " centre de ressources " entendue comme la capacité pour une BDP d’apporter un service compensatoire là où il le faut et quand il le faut, recouvre une réalité plurielle qui doit inciter à une certaine prudence dans l’approche du concept.

Si toutes les BDP sont, de fait, des centres de ressources pour leurs utilisateurs, elles le sont à des degrés variables, ce qui implique de considérer toute expérience locale sur cette échelle de variabilité. Ainsi, l’expérience de la Dordogne n’a de sens que confrontée aux autres expériences, cette confrontation pouvant déterminer une tendance générale, étant entendu que ce que nous faisons dans nos départements respectifs ne peut avoir aucune vocation à une quelconque modélisation. Car chacun ici sait combien l’environnement local peut être déterminant dans la mise en œuvre ou la conduite d’une politique de développement de la lecture.

Cette première remarque me conduit à en faire une seconde, d’ordre plus général. En effet, s’interroger sur la fonction " centre de ressources " d’une BDP revient à s’interroger sur le pourquoi de nos modes respectifs de fonctionnement. Plus particulièrement, il me paraît essentiel de bien distinguer la fin des moyens ; l’exercice est en réalité plus difficile qu’il n’y paraît, car une fin peut devenir un moyen, et à l’inverse, un moyen peut, dans certains cas, devenir une fin. Tout dépend de l’échelle de temps prise en compte. Sur un temps long, la distinction apparaît facile à réaliser, sur un temps court, faute de recul suffisant, cela est plus difficile. Ainsi, pour reprendre la fonction " centre de ressources ", on pourrait imaginer qu’elle est davantage une fin qu’un moyen. Effectivement, cette fonction est une fin tant que le but recherché n’est pas atteint. Elle se décline par des moyens très différents : une politique documentaire donnée, un mode de desserte approprié, etc... Mais le jour où la BDP sera à 100% un centre de ressources, le jour où cette fonction, cette fin s’exercera dans toute sa plénitude et symbolisera l’action de la BDP, ce jour-là la fin deviendra un moyen au service d’une nouvelle fin. Ce qu’il faut comprendre ici, c’est qu’aucune finalité, aussi générique, aussi noble soit-elle, ne peut durer en tant que telle, tant l’environnement d’une BDP évolue sans cesse.

Et ceci m’amène à une troisième remarque, liée à la définition toute personnelle que je donnais, au début de mon exposé, de la fonction " centre de ressources ", c’est-à-dire la capacité,, pour une BDP de pratiquer durablement un service de compensation au profit des bibliothèques locales, mais aussi la capacité à une remise en cause . A ce jour, cette capacité n’est ni entière ni achevée. En cela, la fonction " centre de ressources " reste encore une fin, et ouvre la perspective de nombreux chantiers, et ce dans un environnement où les contraintes de tous ordres interfèrent avec les défis et sollicitations multiples que nous connaissons tous. A cet égard, il est important de souligner la nécessité d’une stratégie-ressources qui ne soit pas statique, mais qui au contraire évolue en permanence.

Les BDP centres de ressources des années 2010, 2020, etc... seront celles qui auront mis en œuvre des stratégies interchangeables selon ce que les économistes appellent l’état du marché.

Ces remarques liminaires faites, il convient maintenant d’aborder le sujet lui-même, en s’appuyant sur l’exemple de la Dordogne, dont je précise qu’il n’a d’autre valeur que par son caractère de compte-rendu d’expérience. Pour des raisons de clarté de l’exposé, j’ai choisi de déterminer quelques grands principes de base, qui structureront mon exposé.

Essai de définition du " centre de ressources "

 

 

Nul ne contestera que chaque BDP est un centre de ressources à part entière pour les bibliothèques de son réseau. Les applications de cette fonction peuvent être très différentes d’un département à l’autre. A cet égard, il me semble important de privilégier l’aspect prospectif, plutôt que de dresser le catalogue des ressources disponibles en BDP Nous prêtons tous des documents, nous faisons tous du conseil technique, nous organisons tous des formations, nous proposons tous des animations, nous avons tous développé des systèmes d’aide, bref, nous proposons tous des ressources à nos réseaux respectifs.

Faut-il pour autant considérer que la question est close, et que le tour en a été fait depuis longtemps ? Non, bien sûr. Car avant toute chose, il est important de tenter de définir la notion " centre de ressources " dans une perspective prospective. A cette fin, plusieurs éléments me paraissent indispensables :

  • la présence d’une capacité technique, logistique et budgétaire
  • la durabilité d’une telle capacité
  • la formalisation du cadre relationnel entre fournisseurs de ressources et bénéficiaires
  • la perspective d’une mutualisation des ressources existantes selon un objectif et un cadre opératoire prédéfinis
  • l’adaptabilité et l’évolutivité du dispositif-ressources

Cette liste n’est pas exhaustive, mais elle traduit la nécessité d’une réflexion en profondeur, la priorité des fins sur les moyens et la complexité inhérente à la définition des ressources les plus pertinentes à un moment donné.

Quelle organisation pour quelles ressources ?

 

En Dordogne, le choix a été fait de définir une carte documentaire départementale, qui est à la fois un catalogue de services et un principe d’organisation. Si cette carte documentaire consacre la BDP comme tête de réseau et centre de ressources départemental, elle garantit par ailleurs la définition d’un espace documentaire homogène et solidaire. Sa mise en œuvre a permis d’établir qu’en matière de fonction " ressources ", les bibliothèques locales préféraient de très loin un service à la carte, établi sur profil personnalisé, au prorata des besoins. La carte documentaire distingue quatre fonctions ressources , sous la forme de services adaptés à l’importance de la bibliothèque :

  • services documentaires
  • services bibliographiques
  • services experts
  • services en réseau

La carte documentaire privilégie, par les services proposés et leur adaptabilité, la réalisation d’objectifs majeurs : la constitution d’un véritable espace documentaire départemental, avec d’une part un réseau interactif de centres de ressources partagées, l’intégration des petites bibliothèques dans ce réseau de solidarité, la mise en œuvre d’un concept de lecteur départemental favorisant l’égalité d’accès à la lecture

Comme tout dispositif, la carte documentaire reste perfectible, d’où l’élaboration, en cours, d’une seconde carte documentaire qui représentera le transfert de la fonction ressources de la BDP vers un réseau de centres de ressources associés.

Ressources BDP ou ressources partagées et réparties sur le territoire départemental ?

 

Il s’agit ici de déterminer les contours et l’impact du futur centre départemental de ressources, étant entendu que l’optique privilégiée en Dordogne est de tendre vers un réseau de ressources réparties, la BDP ne pouvant ni ne voulant, à elle seule, assumer ce rôle. C’est pourquoi nous avons impulsé une politique de mise en réseau qui reprend à son compte cette affirmation de Michel Melot, selon laquelle toute bibliothèque d’une certaine importance a une responsabilité envers plus petite qu’elle.

De fait, cette politique consiste à déterminer quelle partie du réseau départemental doit assumer une responsabilité partagée avec la BDP , étant entendu qu’est posé le postulat selon lequel la BDP ne peut ni ne doit assumer à elle seule une responsabilité de centre de ressources.

 

Rôle des NTIC

 

Les NTIC ont évidemment un rôle déterminant dans la constitution d’un pôle départemental de ressources.

Tout d’abord, en Dordogne, elles ont permis d’envisager une informatisation en réseau avec la BDP et, de fait, la constitution d’un catalogue départemental de ressources partagées, avec en corollaire une égalité d’accès de chacun à ces ressources. Ce processus est en cours, avec la réalisation d’une phase-test avec trois bibliothèques municipales, puis, à partir de janvier prochain, l’extension à quinze sites supplémentaires.

En outre, l’intégration des NTIC et du multimédia en bibliothèque élargit considérablement l’offre de service des bibliothèques, et contribue à un impact social plus important : formations au multimédia et aux NTIC, formation bureautique, ateliers, forums renouvellent l’offre culturelle des bibliothèques. Cette évolution récente oriente la fonction " ressources " de la BDP à l’égard de son réseau, la BDP ayant dans ce cas un rôle accru d’impulsion , par exemple pour favoriser le développement du multimédia dans les bibliothèques locales, ou encore pour intégrer des supports numériques ou des expositions virtuelles dans l’offre départementale de biens culturels.

De nouvelles ressources ?

 

La réponse à cette question est positive, tant il est vrai qu’une BDP doit adapter son offre selon les besoins des bibliothèques du réseau départemental. De manière très inattendue, la BDP de la Dordogne s’est orientée vers le patrimoine, dimension tout à fait inconnue jusqu’alors, voire incongrue dans l’action de la BDP Plus particulièrement, la BDP pilote deux programmes de valorisation de fonds patrimoniaux, le tout sur fond de mise en réseau bien sûr.

Il s’agit de la mise en œuvre d’une bibliothèque virtuelle de la Préhistoire, par la mise en réseau, après rétro-conversion des fonds concernés (plus de 30 000 documents), de 17 sites documentaires : bibliothèques publiques, bibliothèques de musées, centres de documentation spécialisés, bibliothèques de sociétés savantes. Ce projet inscrit au contrat de plan Etat-Région représente actuellement un budget annuel de 3 ,MF, et emploie quatre chargés de mission.

Le Fonds Périgord départemental traduit une évolution similaire, par la mise en réseau des collections d’intérêt local, la plupart à statut patrimonial, de trois sites documentaires : BDP, Archives Départementales et bibliothèque municipale de Périgueux, soit un ensemble documentaire de près de 25 000 documents.

Enfin, ces deux programmes intègrent un ensemble plus vaste, en l’occurrence la Banque Numérique du Savoir d’Aquitaine, qui consiste à créer, puis interconnecter des bases patrimoniales régionales mais hétérogènes, et mettre en œuvre un portail (aquitain) du savoir, ainsi que des produits dérivés en ligne et hors-ligne.

En conclusion, s’interroger sur " la BDP centre de ressources " revient à définir les objectifs et les moyens des BDP dans un contexte où il paraît acquis que la BDP ne peut être considérée comme un centre de ressources unique fonctionnant en vase clos. Bien au contraire, l’enjeu pour les BDP réside plutôt dans leur capacité à agréger à leurs ressources propres d’autres ressources (l’exemple précité en matière patrimoniale illustre cette tendance), et d’en faire profiter les bibliothèques de leur réseau. Car ces ressources-là détermineront en grande partie la satisfaction des utilisateurs.

Poser la question du centre de ressources revient assurément à définir au préalable les contours et les moyens d’une solidarité réelle des plus grands au profit des plus petits. La BDP centre de ressources doit être considérée à la fois comme la tête d’un réseau départemental constitué lui-même de micro-réseaux locaux et comme l’agent d’impulsion qui relie ce réseau départemental aux réseaux extérieurs.

Pour en revenir au titre de ces journées, entre le modèle imposé (dont on a vu qu’il ne l’a finalement jamais vraiment été) et le modèle libéré qui conduit à une balkanisation positive des politiques, je choisis... non pas le premier... non pas le second... mais je choisis sans aucune hésitation une troisième voie, celle du modèle pragmatique : la BDP est le point d’articulation entre les deux niveaux entre lesquels se situe notre action, le niveau local et le niveau supra local ; cette articulation est un moyen de démocratiser l’accès au savoir.


Questions à Bernard Voltzenlogel et Anne Duquesne

Marie-Christine Pascal

Bernard Voltzenlogel pourrait-il préciser si le département de la Dordogne a mis des moyens supplémentaires pour mettre en place la carte documentaire dont-il a parlé, aussi bien en termes de budget que de personnel ? Les communes du réseau participent-elles également à l’effort en terme des moyens ?

Bernard Voltzenlogel

A l’époque du travail sur la carte, j’avais également en cours un projet de restructuration du réseau et de l’ensemble du dispositif d’aide du Conseil général vis-à-vis des bibliothèques locales. Le choix était simple : soit je restais dans l’existant, soit j’engageais le travail de carte dont l’évaluation ultérieure pouvait amener à refondre tout le dispositif...Mais sans garantie de croissance des moyens d’aucun côté. En interne, nous avons naturellement fait des choix et redéployé les moyens, le personnel notamment, en sacrifiant assez largement les tournées de bibliobus qui ont été profondément remises en cause au profit d’une navette. Derrière cette navette a été mis en place un service de réservations qui traite actuellement un peu plus de 25 000 demandes par an. On répond aux demandes dans un délai maximum d’une semaine pour un taux de satisfaction de 97%.

Autre question

Existe-t-il dans l’environnement de la Dordogne une agence régionale de coopération ?

Pour le Val-d’Oise, l’Association ATD Quart-Monde est-elle présente sur le département ?

Bernard Voltzenlogel

Oui , il existe bien une agence de coopération, il s’agit de CBA qui existe depuis 1987 ; elle est concernée par l’un des programmes dont je parlais, le fonds Périgord départemental, puisque nous avons sous-traité avec cette association pour qu’elle recrute un professionnel chargé de la rétro-conversion des fonds concernés. Nous allons, je pense, développer notre partenariat avec cette association sur ce type de projets

Anne Duquesne

ATD Quart-Monde existe sur le Val-d’Oise. Nous connaissons bien cette association, nous travaillions régulièrement avec elle, par exemple lors de l’organisation, trois fois par an, de journées Coups de cœur, au cours desquelles nous mettons en valeur des éléments de production de l’édition jeunesse.

Hugues Van Bésien

J’ai trois types de réserves à émettre en ce qui concerne l’organisation de circulation transversale.
La première, c’est que, pour des petites bibliothèques, les fonds se recouvrent largement ou s’équivalent... Y a-t-il alors vraiment intérêt à mettre en place une circulation entre ces bibliothèques ?
La seconde consiste à se demander s’il existe véritablement une demande. Il me semble en effet que les publics perdent en diversité à mesure que l’on descend dans la hiérarchie urbaine.
La troisième porte sur le fait que l’on est en train de remplacer un bibliobus qui transportait des collections par des navettes qui transportent des titres.

Autant je comprends la structuration verticale dans ce qu’elle comporte de complémentarité, autant la structuration horizontale entre unités locales de lecture ma paraît problématique.

Bernard Voltzenlogel

Il y a beaucoup d’éléments d’interrogation dans cette intervention. L’une des convictions que je ne remettrai sans doute jamais en cause est celle de la nécessité de mettre en place, dans un réseau, une circulation dynamique des documents... de la BDP vers les bibliothèques locales, mais également d’une bibliothèque vers une autre bibliothèque. Le réseau horizontal me semble nécessaire. C’est lui-même un réseau très nuancé. Une discrimination positive est nécessaire pour arriver à une véritable égalité de service. C’est ainsi que nous n’hésitons pas à mettre le paquet sur des petites communes (pour des raisons diverses), parce qu’elles nous permettent de structurer le réseau. Prenons en exemple le service de réservations dont je parlais. Les communes qui nous sollicitent le plus sont les petites communes : elles ont compris que s’ouvrait ainsi à elles le moyen, au bout du compte, de renouveler ainsi, par la navette, le fonds qui leur est déposé. Le bibliobus propose certes un fonds constitué, organisé, etc...et nous ne le rejetons pas systématiquement, comme nous ne l’utilisons pas non plus systématiquement. Ce qui compte pour moi, c’est qu’un lecteur puisse obtenir ce qui n’est pas dans sa bibliothèque ; qu’il commence par pouvoir le demander à sa bibliothécaire et l’obtenir dans un délai raisonnable. C’est cette satisfaction-là qui fait revenir les gens à la bibliothèque.
A l’autre bout de la chaîne, des BM de 5000 lecteurs, avec des fonds de 15 000 documents, nous ont demandé de n’effectuer leurs renouvellements que par la navette, à la carte, en fonction des besoins exprimés.
Aujourd’hui, un tiers des opérations de renouvellement s’effectuent dans les magasins de la BDP ; c’est une façon de servir la demande au plus près.

Marie-Pascale Bonnal

Ma question s’adresse à Anne Duquesne. Pourriez-vous, s’il vous plait, nous parler de la façon dont le projet été programmé ainsi que de la manière dont la concertation a été menée avec les communes et les institutions comme la CAF, la DDJS, les secteurs professionnels concernés...

Anne Duquesne

Dans la plupart des cas, après information, les professionnels de la petite enfance ont adhéré aux programmes de formation que nous proposions. Dans le cas de Sarcelles, les choses ont été différentes. Les actions s’y sont installées au coup par coup, à mesure que les structures faisaient appel à nous. Ce n’est qu’ensuite que nous avons informé la Ville de l’ensemble des actions que nous menions.

Françoise Danset

Il faut rappeler que Sarcelles vit dans un dénuement incroyable. La bibliothèque, pour une ville de plus de 50 000 habitants, fait 900 m2. Elle n’est pas informatisée. Elle n’a pas d’annexe. Elle est en deuxième étage d’un immeuble.

Dominique Lahary

Il est certain que notre action révèle parfois des insuffisances, et parfois des insuffisances criantes. La question est importante : nous n’avons certes pas à avoir d’actions substitutives, surtout à l’égard des grandes communes. On peut espérer, par contre, avoir une action incitative et stimulante.

Annie Dourlent

Les villes de plus de 10 000 habitants sont-elles associées à la carte documentaire départementale de la Dordogne, en dehors des aspects patrimoniaux ?

Bernard Voltzenlogel

Pour le moment, ces villes n’ont pas été associées. Il s’agit en fait de deux villes : Périgueux et Bergerac. Nous travaillons cependant dans le cadre du Pôle international de préhistoire avec Bergerac. Cette ville est également prévue dans l’extension 2004 du fonds Périgord départemental. Périgueux y est déjà, ainsi que dans le Pôle Préhistoire.

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