Bernard Hertzog, Premier Vice-Président du Conseil général de la Moselle

Monsieur Le Directeur du Livre et de la Lecture et ses collaborateurs du Ministère de la Culture,
Mesdames et Messieurs. les Inspecteurs généraux des Bibliothèques,
Mesdames et Messieurs les Directeurs et collaborateurs des BDP,
Mesdames, Messieurs,

C’est un très grand plaisir pour moi de vous accueillir en Moselle au nom de Philippe Leroy, Président du Conseil général qui, empêché, m’a demandé de vous transmettre ses amicales salutations.
Accueillir des bibliothécaires ne constitue pas seulement ma mission en ce jour, en tant que premier Vice-président du Conseil Général, mais encore une grande source d’intérêt pour le Président de la Commission culturelle du Conseil général que j’ai été, de longues années durant, commission dont je reste membre.
Vous allez débattre pendant deux jours, avec des intervenants de grande qualité, des missions des BDP et de leur évolution depuis la décentralisation. Je voulais d’abord vous dire à quel point, dans l’exemple de la Moselle, la décentralisation a joué un rôle moteur dans le développement de la lecture publique.
Pour illustrer cette affirmation, permettez-moi de revenir plus de trente ans en arrière, en 1973, époque que l’un de vos collègues présent aujourd’hui, Gérard Briand, qui a commencé sa carrière de conservateur en Moselle décrit ainsi :

" Ma première tournée de bibliobus fut marquée par un contact immédiat avec la réalité mosellane. L’instituteur de l’école communale de V., qui avait mis une cravate pour l’occasion, fit d’abord taire les gamins qui s’insultaient en dialecte. Devant ma réaction plutôt libérale, il me prit en sympathie, m’invita chez lui, m’offrit le café... et la mirabelle. Il était huit heures du matin et la tournée prit un peu de retard. "

Sous ce portrait amusant mais réaliste du monde de la lecture publique en milieu rural, c’est toute l’imagerie des BDP qui apparaît, avec ses personnages mythiques : celui du conservateur qui apporte la culture dans les zones rurales reculées à bord de son bibliobus, celui de l’instituteur (car les BDP étaient à cette époque presque exclusivement vouées à un service uniquement scolaire) ; on trouve enfin le gamin dont les capacités à communiquer dans une autre langue que le dialecte pourraient être décourageantes pour le conservateur, s’il ne pouvait se consoler avec la mirabelle de bienvenue. Il n’y manque, vous en conviendrez, que le chauffeur, grand prêtre du service mobile des bibliothèques par le pouvoir qu’il détient seul de conduire le bibliobus, sans lequel il n’est point de bibliothèque départementale de prêt, comme chacun le sait.

La situation quasiment rituelle décrite par votre collègue, à peu près vraie pour l’ensemble des départements j’imagine, allait cependant évoluer sous la houlette des conseils généraux. Et je tiens d’abord à dire que c’est à l’État que revient le mérite d’avoir impulsé une dynamique aux BDP en posant un certain nombre de jalons réglementaires, je pense notamment à la circulaire du 1 août 1985, cette circulaire Gattégno si chère à votre corporation qui constitue en quelque sorte l’expression des dernières volontés de l’État à la veille de la décentralisation, par la recommandation du développement de véritables bibliothèques en lieu et place du service direct du bibliobus et par le retrait du prêt scolaire, la mission de lecture publique étant réaffirmée.
Le modèle imposé, celui de l’État, portait déjà en lui-même une évolution vers le modèle libéré par ceux qui allaient prendre la relève : les départements.

Pour ce qui est de la Moselle, mais je crois que ce que je vais dire est ici encore valable pour nombre de collectivités, un essor considérable de la lecture publique est effectivement intervenu sur quelques axes. D’abord en matière de structuration de la desserte : nous avons suivi à ce niveau les recommandations de Jean Gattégno concernant le service de bibliobus direct, en le remplaçant par des bibliothèques-relais dès 1988. Plus tardivement, en 1994, nous avons mis un terme définitif au service scolaire. Je précise qu’il ne s’agissait nullement d’un abandon, mais de la mise en œuvre d’un meilleur service de proximité apporté de façon conventionnée par nos partenaires des bibliothèques-relais aux écoles de leurs aires géographiques respectives.
Nous avons, en 1992, souhaité aller plus loin dans la voie que l’État nous avait indiquée, par l’adjonction d’un système de médiathèques annexes sans bibliobus. On y a beaucoup fait référence, y compris dans la presse. La logique en est simple. Tout d’abord, le constat était que le bibliobus mobilisait des moyens de fonctionnement substantiels pour un résultat peu performant. Le Directeur de la BDP a alors proposé de charger trois communes de la maîtrise d’ouvrage de médiathèques à double vocation municipale et départementale, avec au moins deux avantages à la clef : d’abord des économies d’échelle par le groupement des moyens humains et des crédits de fonctionnement municipaux et départementaux ; ensuite une offre documentaire très optimisée au bénéfice de nos partenaires des bibliothèques-relais. Les 20.0000 documents qui y sont en permanence disponibles sont sans commune mesure avec les 2000 que contenaient les bibliobus, sans parler de l’aspect qualitatif de l’accueil de nos relais dans des bâtiments de 2000 m2, dont le confort et la fonctionnalité n’ont plus rien à voir avec les 13 m2 d’un bibliobus.

Je précise par ailleurs que, spécificité mosellane, les chefs de site des annexes sont toujours des bibliothécaires communaux ou intercommunaux, comme dans le cas de Bitche. La collectivité que je représente tient en effet beaucoup à engager les communes à ses côtés en les positionnant comme réels maîtres d’œuvre de la stratégie culturelle départementale sur ce type de projet, en liaison avec la BDP. C’est là quelque chose de tout à fait original et de très important. Je reste en effet convaincu qu’au-delà de la simple performance de lecture publique que ce système a su engendrer en Moselle, il existe un phénomène sans précédent d’engagement des communes dans ce département. Je ne crois pas à l’efficacité du seul Conseil général pour développer la lecture. Il ne serait d’ailleurs pas dans son rôle de développer seul la lecture, hors de tout partenariat réel. Si la mission de notre collectivité consiste à inventer une politique et à montrer le chemin, c’est aux communes de reprendre à leur compte cette stratégie et de la décliner avec l’appui de notre BDP.
D’un rôle moteur, nous passons donc à un rôle de soutien, d’accompagnement, d’expertise, dans lequel les usagers finaux n’ont pas de contact direct avec la BDP, mais avec leur bibliothèque municipale. C’est tout le sens de la décentralisation que de rendre cohérent le tissu formé par les initiatives communales : les aider, les fédérer, leur donner des références... rien de plus, rien de moins dans l’objectif du Département.

Votre collègue Bertrand Calenge prévoyait, il y a dix ans, " une tendance forte qui place les responsables des petites bibliothèques non plus en usagers de la BDP mais en partenaires actifs et exigeants de celle-ci ". C’est très certainement cette tendance qui nous a fait passer au modèle libéré, pour reprendre ici l’intitulé de ces journées d’étude.

En matière de développement de l’offre de services, nous avons également assisté à une évolution considérable, tant à la BDP que dans les bibliothèques communales. Les crédits affectés par les collectivités à l’acquisition de documents sont sans commune mesure avec ce qu’y consacrait l’État, ceci étant dit sans aucune connotation péjorative, car je reste conscient que ce dernier a beaucoup fait et s’investit encore beaucoup à nos côtés pour aider la lecture publique. Je pense notamment au concours particulier relatif aux investissements en faveur des bibliothèques dans le cadre de la deuxième part de la DGD. Aujourd’hui les départements consacrent souvent des crédits annuels supérieurs à un million de francs pour l’acquisition de documents. Sans être la plus dispendieuse, la Moselle affecte à ce poste 3, 9 millions de francs, tous supports confondus, car nos bibliothèques sont à présent passées à l’âge des médiathèques, avec des documents sonores, visuels ou électroniques présents jusque dans les campagnes les plus reculées.

Cette offre documentaire présuppose du matériel pour présenter les supports dans les bibliothèques. Conscient du caractère onéreux de ces aménagements pour les petites communes, le Conseil général apporte pour sa part 1,5 million de francs par an.
Je ne voudrais pas évaluer l’intérêt des élus mosellans pour la lecture publique au seul niveau financier d’intervention qu’ils y consacrent, mais il ne suffit pas d’afficher de bonnes intentions, encore faut-il les doter de crédits ; je crois que dans ce département, nous avons à la fois des idées et des financements. C’est de cette manière que les résultats peuvent être au rendez-vous avec plus d’un million de prêts de documents dans le réseau des communes de moins de 10.000 habitants rattaché à la BDP de la Moselle.

Je vous fournirais volontiers des données sur des sujets que je n’ai pas abordés tels que les ressources humaines départementales dans le domaine des bibliothèques ou encore le soutien technique et financier que notre BDP et ses annexes apportent aux communes dans le domaine de l’action culturelle, de la formation, de la bibliotechnie. Mais je ne veux pas prolonger indéfiniment cette allocution qui est d’abord, Mesdames et Messieurs, une allocution de bienvenue.

Je voudrais seulement pour finir, regretter que l’intensité de vos travaux, durant ces deux jours, ne vous laisse pas le temps de visiter au moins une bibliothèque annexe et une bibliothèque-relais du réseau mosellan. Dans le canton dont je suis le conseiller général depuis treize ans, un canton dit rurbain, situé à une dizaine de kilomètres de Metz, je reste surpris par le nombre et par la vitalité des bibliothèques. A Courcelles-sur-Nied pour pendre l’exemple de cette commune de 900 habitants, il m’arrive souvent de voir la lumière de la bibliothèque encore éclairée lorsque je traverse tard le soir le village par la route départementale, dans le cadre de mes nombreuses réunions sur le terrain en tant qu’élu. Cette lumière porte à mes yeux un sens symbolique très fort, celui de la culture qui veille, la nuit, au cœur de la commune. Une culture qui garantit l’accès à la connaissance pour tous, dans le respect d’une convivialité villageoise à échelle humaine. Enfin, cette lumière de la bibliothèque de Courcelles-sur-Nied, et il en existe 121 autres en Moselle, doit nous rappeler que les bibliothèques représentent les vecteurs culturels des départements les plus présents sur le terrain.

Mesdames et Messieurs, je vous remercie de votre attention.

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